mardi 9 octobre 2012

Nouvelle - Hope

Voilà ma première nouvelle, et celle dont je suis la plus fière!! J'espère qu'elle vous plaira!




Hope

  1. « Hope »

J’aimais regarder le soleil se lever. Quand tout allait bien, je me réveillais cinq minutes avant que les premiers rayons ne percent et je me mettais à ma fenêtre. C’est un beau sentiment que de voir une nouvelle journée naître, pleine de promesses et d’espoir. Personne ne le savait, on m’aurait prit soit pour une poète, soit pour une dépressive. C’était mon secret à moi.
Ce n’est plus vraiment le cas aujourd’hui. Mes soleils ne se lèvent plus, ils restent couchés, à l’abri, au chaud, solitaires. Dans mes journées froides, sans espoir, sans lumière, je ne fais que ressasser. Ressasser mon passé, mon enfance, mon adolescence et les jours d’après. Encore et toujours. Ca passe le temps, ça me permet aussi de la revoir. Hope.

  1. « Nous nous contentions de peu »

J’aime à me rappeler mon enfance. Papa et maman m’aidant avec mes devoirs, Julie dansant dans sa chambre et Gabriel sautant dans les feuilles tuées par l’automne. Le samedi soir nous nous baladions tous les quatre sur les quais de Seine, admirant les lumières de la ville. Je me souviens bien du sourire de ma mère quand mon père, sentant qu’elle avait froid, ôtait sa veste afin de l’en recouvrir. Aujourd’hui ce sourire n’est plus que poussière quelque part dans l’océan, reposant sur les poissons et les algues.
Notre appartement était au-dessus d’un restaurant chinois d’où émanait tous les jours sauf les lundis une odeur délicieuse de canard laqué et de riz gluant. Tous les midis quand nous rentrions de l’école, Julie, Gabriel et moi nous arrêtions pour dire bonjour aux propriétaires et pour recevoir les quelques nougats qu’ils se faisaient un plaisir de nous offrir à chaque visite. Papa et maman n’aimaient pas que nous abusions ainsi de la bonté de ces pauvres gens qui ne parlaient pas très bien français et de ce fait se sentaient parfois bien seuls quand le client se faisait rare.
Notre quotidien était ordinaire mais pas morose. Nous nous contentions de peu et essayions de vivre au maximum. Malheureusement, cela ne dura pas. Un jour, Julie finit par grandir.


  1. « Elle me faisait penser à un personnage de Sailor Moon »
Un jour, elle fêta ses quatorze ans. Je me souviens encore des chants, des cotillons et des applaudissements. Le gâteau était en chocolat, saupoudré de coco et décoré de milliers de petits copeaux de chocolat noirs. Les bougies éclairaient la pièce et illuminaient ainsi le visage de ma sœur. Extatique, elle ne tenait plus en place et dû se retenir de ne pas souffler ses bougies trop vite afin de faire un vœu. Elle se pencha alors, pris une inspiration très profonde et souffla de tout son cœur sur ses bougies. A cet instant précis, elle cessa d’être ma sœur. Elle devînt un être à part, indépendant, incontrôlable. Une adolescente me disait-on, mais moi je n’y croyais pas. Je me disais : si c’est à ça que ressemble toutes les adolescentes, comment se fait-il qu’il y ait autant de femmes vivantes et en bonne santé dans le monde ? Cela n’avait aucun sens.
Quelques jours après son anniversaire, Julie partit se balader du côté de la Fontaine des Innocents avec quelques amies. Quand elle revînt ce soir-là, aux alentours de 23 heures, elle avait coupé ses cheveux et les avait teints en rose. Mes parents, précédemment inquiets par son absence, étaient furieux. Moi je ne voyais pas le problème, elle me faisait penser à un personnage de Sailor Moon, je trouvais ça plutôt chouette. Une fois privée de sortie et ses cheveux ayant repris une couleur décente, Julie ne pouvait contenir son envie de vengeance. Elle avait arrêté de jouer avec nous, de nous faire des gâteaux et de nous emmener pique-niquer sur le champ de mars. Elle ne respirait plus que le mot « Vendetta ».
Pour se rassasier, elle modifia son corps graduellement. Avec ses cheveux, elle avait ouvert la porte à une avalanche de possibilités. En l’espace de deux ans elle se fît percer la narine gauche, le nombril, les oreilles à plusieurs reprises ainsi que la langue. Ajoutant à cela quelques tatouages, tous très loin du papillon ou du « carpe diem » que l’on peut voir sur le corps de jeunes filles sages. L’ultime provocation fût son renvoi du lycée suite à un rapport sexuel dans les toilettes avec un garçon de terminal. Dans la semaine qui suivit, elle fût envoyée dans un pensionnat de fille en Bretagne. Julie a donc été la première jeune fille à me décevoir alors que sa personnalité changeait du tout au tout. Mais malheureusement, son cas n’a pas été unique.

  1. « Plus je trouvais qu’ils ressemblaient à des animaux »
La même année où je disais définitivement adieu à la sœur que je connaissais je fis ma rentrée en quatrième. Bonne élève, je n’attirais pas l’attention sur moi, préférant rester assise sur mon banc à observer mes camarades. Plus les années passaient plus je trouvais qu’ils ressemblaient à des animaux. Je sais que ça aurait dû être l’inverse, je sais que plus les humains grandissent plus ils se calment et adoptent une attitude civilisée et distinguée. Mais les élèves de mon collège ne devaient pas être humains.
Je les observais discrètement. Les filles feignant de se comporter comme des femmes matures mais qui au final n’en restaient pas moins des gamines, totalement folles du dernier chanteur à la mode et se rêvant à une carrière de top-modèles. Bien sur qu’elles pensent déjà aux garçons à leur âge, mais elles les voient comme « l’inaccessible », plus comme une chose, une matière, qu’un être à part entière. C’est pourquoi elles font tout pour attirer l’attention du-dît garçon et le fuir en même temps.
Chez le garçon, la réciproque se vérifie. Ils se pavanent devant les filles, embryons de muscles saillants et sourire de fer, ils se battent avec les autres et sifflent les jolies minettes qui n’attendent que cela. Chez les deux sexes, on peut noter de fortes similitudes comme celle du rejet de la réussite scolaire. Celui qui a le malheur d’avoir de bonnes appréciations de la part des professeurs et des bonnes notes ne sera jamais l’individu le plus cool de la bande. C’est comme ça que ça marche. On est stupide et on aime les gens stupides. Amen.
N’ayant rien en commun avec mes camarades, mes jours au collège étaient fades et longs. Rien ne m’y intéressait en dehors des cours et des repas chauds et bien garnis. Jusqu’au jour où elle est arrivée et a bouleversé mon existence à tout jamais.

  1. « Je voulais m’y plonger, m’y baigner, les gouter »

Ca m’a foutu un coup. Comme après un tour de montagne russe, quand l’estomac ne suit plus mais que malgré tout, on a envie de remonter tout de suite dans le wagon pour savourer son plaisir à nouveau. Le visage rougissant, elle s’approcha du bureau de notre professeur qui l’envoya s’assoir à la dernière place vacante, celle à côté de moi.
Elle le remercia avec un léger accent. Durant ces quelques secondes je ne pouvais plus détacher mes yeux de ses lèvres. Elle avait des lèvres d’un rose pâle, légèrement sèches. Gonflées et probablement douces elles avaient attiré mon regard pour le garder prisonnier à jamais. Je voulais m’y plonger, m’y baigner, les gouter. J’aurai brulé mon âme rien que pour connaitre leur goût, les lécher et les malmener. Je les imaginais ayant un goût de fraise avec une douceur de pêche.
Perdue dans ces pensées inhabituelles je n’avais même pas remarqué qu’elle s’était installée à mes côtés ni qu’elle avait déjà sorti ses affaires. Le professeur, d’une voix lointaine nous la présenta en quelques mots. Elle s’appelait Hope, venait d’emménager récemment à Paris après avoir vécu toute sa vie à Londres. Nous devions donc excuser son accent et ses petites erreurs de langage. Avec moi elle était déjà toute pardonnée.
  1. « Aussi beaux qu’un espoir »

De peur qu’elle ne puisse lire dans mes pensées et deviner où vaguait mon esprit je ne voulais plus la regarder. Elle me murmura un timide « Bonjour » auquel je répondis par un « Salut » des plus inexpressifs. Après quoi, elle abandonna toute tentative pour communiquer avec moi.
Je me refusais à croiser son regard mais je voulais l’observer. C’était plus fort que moi, je voulais savoir quel genre d’animal elle était. Une trousse rose à paillette, une écriture droite et un agenda sans signe distinctif, elle m’envoyait des signaux contradictoires. J’osais lever mon œil observateur un peu plus haut afin de noter son maintien, ses mimiques ainsi que la couleur de ses yeux. Elle se tenait bien droite, son capuchon de stylo dans la bouche qu’elle mordait avec énergie. Quant à la couleur de ses yeux, de profil ils me semblaient verts mais j’appris plus tard qu’ils étaient bleus. Aussi bleus que le ciel par une belle journée d’été, aussi beaux qu’un espoir.
Cette journée-ci, elle fût sollicitée de toute part. Beaucoup lui demandaient la traduction de son prénom, d’autres lui demandaient de parler en anglais. Quelques chimpanzés lui tournaient déjà autour en se grattant la tête alors que des girafes essayaient en vain de découvrir chez elle une tare ou un quelconque défaut. Ce n’est qu’en observant le comportement de la jungle autour d’elle que je m’aperçus qu’elle était jolie. Même plus que jolie, carrément belle. En dehors de ses lèvres, le reste de sa personne aussi commença à faire frémir mon imagination. C’est alors que j’ai commencé à écrire la longue série de poèmes dont elle est le sujet, l’héroïne, l’inspiration.

  1. « Elle ne pouvait qu’être une girafe vaniteuse ou une lionne puérile »
Elle fût placée à côté de moi durant tous les cours, car j’étais la seule à n’avoir personne à ma table. Je ne voyais pas cela comme une chance pour autant. Je n’en étais que plus frustrée. J’aurais si bien pu observer ses jolies boucles remuer lorsqu’elle riait si elle s’était trouvée à la table devant la mienne. J’aurais pu détailler ses fossettes et ses tâches de rousseur si elle avait été placée un peu plus loin dans la rangée d’en face. Je trouvais que c’était un gâchis incroyable et je bouillonnais intérieurement. Je commençais à sérieusement regretter mon asociabilité.
Jusqu’à la fin de sa première semaine ici je ne lui disais que « bonjour » et « au revoir ». A chaque fois que je voulais lui parler je me retenais, sachant très bien qu’une fois que je commencerais à la connaitre, le charme serait totalement rompu. Elle n’en avait pas l’air pour l’instant mais j’en étais persuadée : sous cet extérieur parfait à mes yeux elle ne pouvait qu’être une girafe vaniteuse ou une lionne puérile. Je campais donc sur mes positions et je l’observais avec attention toute la semaine.
Un élève fût renvoyé de notre classe pour avoir pissé sur notre principal alors que celui-ci le recevait dans son bureau. Une place était donc vacante désormais. Ce siège était sur la même rangée que moi, collé contre le mur opposé. Hope demanda la permission de s’y installer, invoquant le fait que je la mettais mal à l’aise. C’est à ce moment qu’elle arracha mon cœur hors de ma poitrine pour la première fois. Assise à une telle place je ne pouvais plus que voir le haut de ses cheveux d’or. J’étais mortifiée. Je n’avais même pas encore pris le temps de déchiffrer son odeur. Je ne pouvais pas la laisser partir pour toujours, je devais donc risquer de briser le mythe en lui parlant.

  1. « Hope ! Hope ! Attends ! »

Forte de ma nouvelle résolution, je fis tout mon possible pour trouver un instant où Hope serait seule et où je pourrais lui faire la conversation. Elle ne devait pas m’échapper, je devais rester en contact avec elle malgré le fait qu’elle ait changé de place. L’opportunité se présenta à moi lorsqu’elle se retrouva seule à la sortie du collège, se dirigeant nonchalamment vers la bouche de métro. C’est alors que je me suis décidée à l’interpeller :
« Hope ! Hope ! Attends ! »
Je me souviens très bien de ces petits mots qui ont tout précipité.

  1. «  De la vanille »

Elle m’a attendue. Elle n’a pas tout de suite compris ce que je lui disais, ma voix déraillant à chacun des battements de mon cœur. Je tordais mes mains moites jusqu’à ce qu’elles deviennent aussi rouge que mon visage. Elle me regardait avec de grands yeux, essayant de déchiffrer ce que je voulais lui dire. Comprenant que je devais me calmer pour essayer de ne pas avoir l’air aussi ridicule, je pris une grande inspiration et, aussi distinctement que possible, je lui ai demandé où elle habitait. Elle se mit alors à sourire. Elle habitait juste à deux stations de chez moi, je pouvais donc l’accompagner. J’ai commencé par m’excuser pour mon comportement en lui expliquant mon asociabilité. Elle rit, m’expliquant qu’elle pensait que je la détestais. J’en étais choquée. Comment aurais-je bien pu la détester alors qu’elle m’obsédait au plus haut point ? J’étais finalement rassurée par le fait que mes regards insistants n’avaient pas été remarqués.
Durant le trajet, c’était elle qui parlait, visiblement plus à l’aise que moi. Elle me parla de son enfance dans la banlieue de Londres, de ses amies qu’elle avait abandonnées là-bas, du fait qu’elle n’était pas encore habituée à la puanteur du métro parisien. Elle était charmante. Sa jolie voix, un brin grave, résonnait dans le wagon à moitié vide. Ses mains s’agitaient beaucoup au fur et à mesure qu’elle parlait, je notais alors son vernis couleur taupe, assorti à ses boucles d’oreilles. C’était peut-être une girafe vaniteuse mais à l’intérieur elle ne pouvait être qu’un faon, fier et majestueux.
Je la raccompagnais jusque devant son immeuble et, en la saluant, je plongeais mon regard dans le sien. Ces beaux yeux bleus qui me filèrent le tournis. Encore la montagne russe. Et ce n’était pas près de finir. D’un air joyeux elle m’indiqua la fenêtre de sa chambre, 3ème étage tout à gauche, avant de disparaitre en laissant autour d’elle un peu de son parfum. De la vanille.

  1. « Elle m’impressionnait »

A partir de ce moment là, une routine s’est créée entre nous. Une relation à commencé à naitre. Nous passions toutes nos journées ensembles, que ce soit durant les cours ou en dehors. Nous étions inséparables. Elle me fît rencontrer ses parents, elle rencontra les miens, nous passions des après-midi entières ensemble à faire nos devoirs ou à regarder la télé. Nous partagions la même passion pour les séries télé bien ficelées et les livres parlant de belles histoires d’amour. Je ne pouvais me rassasier de sa présence. J’avais besoin d’elle près de moi, sans cesse. Nous nous entendions à merveille, c’était comme une évidence. Je découvrais au fil du temps cette jeune adolescente magnifique, avec du caractère et des rêves plein la tête. Elle voulait devenir hôtesse de l’air afin de parcourir le monde. Elle voulait voir les Indes et l’Amérique du Sud avant de quitter cette terre, elle voulait aussi gagner beaucoup d’argent. Et pourquoi pas, épouser un homme riche. Elle m’impressionnait mais elle avait mentionné un point qui allait devenir le sujet de mes pires craintes. Les hommes.

  1. «  Et elle était à moi. »

Durant nos 5 années d’amitié, ce fût la chose qui me fît le plus souffrir, les hommes, ses hommes. Au fil des années, Hope devint de plus en plus belle, laissant de côté son corps de petite fille pour s’emparer de celui d’une femme rayonnante de fraicheur et aux courbes très avantageuses. Ce n’était évidemment pas pour me déplaire, cela renforçait encore plus mon désir. Mais pas uniquement le mien. Tous les adolescents lui tournaient autour et elle en fréquenta certains. Etant sa meilleure amie, j’étais la mieux placée pour écouter toutes ses peines de cœur, ses pleurs lorsqu’elle me racontait qu’untel ne sortait avec elle que pour se la faire. Heureusement, elle n’était pas sotte et, même si elle était un vrai cœur d’artichaut, elle comprenait que la majorité des hommes étaient des porcs qui n’attendaient que de la mettre dans leur lit. Elle voulait donc attendre d’être avec un garçon bien. Bien entendu je l’encourageais dans ce sens, l’incitant à attendre le mariage avant de « s’offrir ». J’aimais le regard des gens sur elle lorsque nous nous baladions. Les femmes la jalousaient, les hommes la désiraient. Et elle était à moi.

  1. « Elle ne serait pas là. »

Mais ce bonheur intense qui m’habitait depuis qu’Hope faisait parti de ma vie a été stoppé net deux ans plus tard. Lors de notre première année de lycée, on diagnostiqua à ma mère un cancer du pancréas. Je la vis dépérir progressivement. Je n’allais plus beaucoup au lycée, voulant profiter d’elle un maximum. Elle était si faible. Le corps humain et la maladie sont des choses bien étonnantes. Vous prenez cette femme, dans la fleur de l’âge, en pleine forme. Elle a déjà été malade bien sûr, comme tout le monde, mais grâce à la médecine elle a toujours guéri rapidement et elle a pu continuer à profiter de la vie. C’est alors que son corps s’est déréglé de lui-même et c’est ainsi qu’elle se retrouve avec un cancer. La médecine qui l’avait alors guérie à maintes reprises essaye à nouveau mais de façon plus radicale. Tellement radicale qu’au lieu de lui rendre de la force et de la vigueur elle aspire chaque petite parcelle d’énergie en elle. La femme perd de ses couleurs, perd ses cheveux et perd du poids. Elle est nauséeuse et ne peux même plus sortir de son lit. Elle souffre terriblement jusqu’à ce que finalement, le cancer ait pitié d’elle et l’achève.
Ma mère mourut en deux mois. Nous étions tous complètement désorientés, nous ne comprenions pas comment le cancer avait pu l’emporter à une vitesse si foudroyante. La confusion régnait à l’appartement. Elle ne serait pas là pour les 12 ans de son fils, elle ne serait pas là pour me féliciter lorsque j’aurai mon bac, elle ne serait plus là. C’était déchirant. Après que nous ayons dispersé ses cendres, je suis restée plusieurs jours allongée dans mon lit, sans bouger, sans penser. Alors que le reste de ma famille faisait de son mieux pour vivre, je dépérissais. Mon père était devenu l’unique adulte du foyer et s’était vite senti dépassé. Julie rentra donc du pensionnat et l’aida comme elle le pouvait. La mort de notre mère l’avait visiblement assagie et rendue meilleure. Moi, je n’évoluais pas, je ne bougeais pas. Hope est venue quelques fois, pour essayer de me consoler mais je l’ai repoussée violemment à chaque fois. C’était comme si je ne pouvais plus rien espérer de la vie. Il m’a fallu deux semaines pour ouvrir un peu les volets de ma chambre, trois semaines pour me déplacer dans l’appartement, un mois pour aller en cours et essayer de reprendre une vie normale.
Je n’avais pas aimé retourner au lycée. Tout le monde me dévisageait en se disant : « C’est la pauvre fille qui a perdu sa mère ». Les plus courageux me présentaient leurs condoléances. Je naviguais dans un océan de néant, comme ma mère au même moment. Il fallu beaucoup de patience et de force à Hope pour me ramener petit à petit à la vie. A mes côtés sans arrêt depuis mon retour au lycée, elle me tenait la main à chaque instant. Un soir où je n’étais pas dans mon assiette, elle m’emmena dans un pub de la rue Saint-Michel où, grâce à ses atouts, elle nous avait obtenu plusieurs shots de vodka. C’était ma première cuite. J’étais complètement libérée de tous mes soucis et nous avons passé la soirée à rire. Cela me faisait tellement de bien. Ses parents étant en voyage elle m’a conseillée de rentrer dormir chez elle afin que mon père ne voie pas sa fille de 15 ans dans cet état pitoyable. Elle m’a tenu la main jusqu’à son lit, m’y a allongée et à commencé à enlever mes chaussures, mon collant et mes boucles d’oreilles. Alors que son visage était au dessus de moi, se débattant avec mes cheveux, à moitié saoule elle-même, je me suis redressée et dans un élan, nos lèvres se sont rencontrées.
  1. « Je me repassais la scène. »

Elle s’est tout de suite reculée et moi, j’ai juste fait semblant de rien. J’ai rit bruyamment, je lui ai caressé le bras et j’ai prétendu m’endormir. Je l’ai sentie se lever du lit et je l’ai entendue quitter la chambre d’un pas chancelant. Allongée sur le dos, j’admirais le lustre au plafond. D’une couleur argent avec des cœurs roses pâles qui pendaient, elle avait vraiment une chambre de fille. J’avais peur de l’avoir un peu choquée et je craignais qu’elle m’évite pendant quelques temps. Alors que je sombrais dans un sommeil d’ivresse, je me repassais la scène en tête. Ses lèvres. Enfin, je les avais embrassées, je les avais goûtées, je les avais adorées. Elles étaient aussi douces que je l’espérais, c’était comme entrer en contact avec de la soie. Si le paradis était réellement constitué de nuages, alors ils auraient la texture de ses lèvres. Mais elles n’avaient pas le goût que je leur avais imaginé. Elles avaient un goût d’alcool. J’étais quelque peu déçue que, la première fois où je l’embrasse je ne puisse connaître réellement le goût de sa magnifique bouche. C’est sur cette note négative que mes yeux se fermèrent. Jusqu’à ce qu’elle me réveille.

  1. « Life’s a game »

J’ai d’abord cru que l’abus de vodka me faisait halluciner, puis, j’ai senti une main chaude me caresser la joue. Puis un souffle s’est approché de mon oreille. Je n’osais pas me retourner. Dans un chuchotement je l’ai entendue dire mon nom, une fois, deux fois puis trois fois. Continuant de caresser ma joue elle me demanda de me retourner pour qu’elle puisse me regarder. Je me ressaisis et lui obéis.
La lumière des lampadaires traversait les volets et venait éclairer avec violence son si beau visage. Elle avait l’air serein, ce genre de visage qu’on ne voit que sur les statues ou dans les peintures. Elle me regarda avec intensité, me sourit, caressa mes cheveux puis mon bras. Elle s’allongea à mes côtés, son visage contre le mien. Ses yeux fixaient les miens et les tenaient prisonniers. Sa main descendit le long de mon bras pour se plonger dans la mienne. La serrant très fort, elle rapprocha sa bouche de la mienne et l’embrassa doucement. Je me joignis à son baiser et nous continuâmes à nous embrasser de la sorte pendant quelques secondes jusqu’à ce que Hope intensifie le rythme.
Je pouvais sentir l’excitation émaner d’elle, elle m’embrassait avec fougue, passion et un peu de tristesse. Je m’arrêtais alors et lui demandait si elle savait ce qu’elle faisait. Elle me regarda en souriant et me répondit doucement : « Life’s a game ». Elle m’embrassa alors de plus belle, ses mains naviguant sur mon corps. D’abord mes cheveux qu’elle agrippait et tirait puis mes seins qu’elle caressait fermement. Elle me débarrassa de mon pull et de mon soutien-gorge, embrassant mon buste à pleine bouche. Ma respiration se faisait courte sous ses caresses, mes pensées s’emmêlaient. Je voulais profiter de ce moment et d’elle mais j’avais peur du lendemain, que notre amitié ne soit plus jamais la même. Je me décidais finalement à me laisser aller.
Je me mis alors à participer. Je la plaquais avec douceur contre le lit et je pris mon temps pour l’admirer. J’embrassais son cou, je léchais ses oreilles et respirait son odeur à pleins poumons. Mes mains rejoignirent ses seins et je pris plaisir à les toucher, les masser, les malaxer, les serrer fort. Je lui ôtais son pull et dévorait sa poitrine avec appétit. Alors que ma bouche se rassasiait, ma main glissa doucement vers ses cuisses, les caressant dans tous les sens pour finalement remonter vers son sexe. Alors que ma main défaisait les boutons de son jean, sa respiration se fît de plus en plus rapide. Je levais mon visage afin de la regarder. Ses yeux étaient grands ouverts, sa bouche haletante. Elle souriait et m’attira à elle. Elle m’embrassa à nouveau mais cette fois-ci, c’était un baiser différent, un baiser doux et calme, tendre et affectueux. Elle se mit alors à gémir sous mes doigts.

  1. « Devais-je juste partir ? »

Quelques heures plus tard je m’éveillais, mon visage reposant au bas de son dos. Encore un peu hébétée, je me décidais à prendre une bonne douche chaude. L’eau coulant sur mon corps meurtri fût un vrai soulagement. Mes muscles se détendirent et s’apaisèrent peu à peu. Je restais quelques minutes devant le miroir, serviette de bain nouée à la taille. Mon reflet me semblait étrange, inhabituel. Mes yeux étaient entourés de poches noires tel un panda et ma bouche gonflée était d'un rouge vif. Ce n'était pas beau à voir. Mes cheveux ne ressemblaient à rien et mon corps portait encore quelques traces de griffures. N'entendant aucun bruit dans la chambre, je me décidais à entrer sur la pointe des pieds afin de récupérer mes habits, éparpillés un peu partout dans la pièce. Elle dormait encore, belle et immobile.

Dans la cuisine, je me saisis de quelques aspirines que j'avalais d'une traite. Je ne savais pas vraiment comment agir. Est-ce que je devais lui préparer le petit-déjeuner? Si oui, devais-je le lui apporter au lit? Devais-je juste partir, prétextant un rendez-vous? Ou devais-je simplement partir sans laisser de trace de mon passage? Je n'arrivais pas à me décider. Cela aurait été beaucoup plus clair si notre nouvelle relation avait été définie. Une petite amie aurait apporté le petit-déjeuner au lit à sa chère et tendre, une bonne amie le lui aurait préparé sur la table en attendant son réveil, une sex-friend serait partie en laissant un petit mot sur la soirée et son départ précipité, un banal plan cul serait parti en piquant les cartes de crédit. Je me décidais finalement à ne pas me comporter en lâche et je nous préparais le petit-déjeuner dans la cuisine.

  1. « Les mâchant avec délice »

A son réveil, Hope ne me ressemblait en rien. Ses cheveux étaient gentiment à leur place, son corps ne portait pas de trace d'ecchymose et sa démarche n'avait pas l'air d'avoir changé. Elle eu l'air surpris lorsqu'elle s'aperçut que je nous avais préparé le petit-déjeuner. Elle s'assit en face de moi et me remercia. Durant la demi-heure suivante je l'observais, découpant son croissant en petits morceaux pour les tremper dans son chocolat chaud et les porter ensuite à sa bouche, les mâchant avec délice. Ses yeux ne me trouvèrent jamais, ils restaient fixés sur son rituel croissant-bol-bouche. Sur les coups de midi, une fois le petit-déjeuner fini, j'annonçais mon départ et la saluais brièvement.

Sur le chemin du retour, je n'arrivais pas à penser, mon esprit étant temporairement anesthésié grâce aux aspirines. Une fois chez moi, mon père me fit la leçon pendant dix bonnes minutes avant de m'envoyer dans ma chambre, où je retrouvais volontiers mon lit. Je passais le reste de la journée enfermée, me servant de ma gueule de bois comme excuse. Le week-end passa et je n'avais toujours aucune nouvelle d'Hope. J'appréhendais donc le retour au lycée mais rien ne se déroula comme je l'avais craint, bien au contraire. Ce matin là elle m'attendait comme à notre habitude, assise sur le banc près des portes du lycée, le regard vide et la musique s'échappant violemment de ses écouteurs. Une fois qu'elle m’aperçut, elle se dirigea gaiement vers moi, m'embrassa sur la joue et me questionna au sujet de mon week-end. C'était le commencement habituel d'un lundi qui se déroula comme les autres. Nous n'avions jamais parlé de cette fameuse nuit jusqu'à l'an dernier mais j'y reviendrai plus tard. En attendant je tachais de me comporter exactement de la même façon avec elle, l'aimant, la désirant, l'admirant, lui étant fidèle de corps et d'esprit.

  1. « C’était la fin d’une époque »

Une fois en terminale, on nous demanda de formuler nos vœux d’affectation pour une université ou une école. Etant en terminale littéraire, nos choix de formations étaient quelques peu limités. Depuis son entrée au lycée, Hope n’avait qu’une envie, étudier le droit. Elle voulait devenir avocate. En effet, se rendant compte qu’un homme riche serait dur à appâter si elle ne devenait pas d’abord une femme de pouvoir, elle se tourna vers le droit et riait sans cesse en disant qu’elle défendrait des grands barons de la drogue et qu’elle finirait par en épouser un. Plus sérieusement, elle avait toujours su maitriser la parole pour tirer avantage de toutes les situations qui s’étaient présentées à elle. Elle a donc envoyé une candidature à la Sorbonne. Quant à moi, depuis plusieurs années je m’imaginais bien enseigner l’anglais à la nouvelle génération d’animaux sauvages qui foisonnerait dans les collèges et lycées. Je me décidais donc à suivre un cursus d’anglais à l’université Paris Diderot. Ainsi, nous resterions toutes les deux à Paris et nous pourrions donc nous voir aussi souvent que durant la période du lycée.
Les deux premiers trimestres défilèrent à toute vitesse et le baccalauréat se rapprocha dangereusement. Le 4 juillet 2008, nous nous sommes donné rendez-vous Hope et moi pour aller découvrir nos résultats ensemble. Papa, Julie, Gabriel, Philippe le nouveau copain de Julie, les parents d’Hope, tout le monde avait insisté pour nous accompagner. Lorsqu’ils ont ouvert les grilles, nous nous sommes précipitées, recherchant nos noms sur les tableaux. Nous avons hurlé de joie lorsque nous les avons aperçus, gentiment posés à côté de la note suivante : « admis(e), mention bien ». C’était la fin d’une époque et nous nous en rendions bien compte. Nous nous sommes prises dans les bras et avons embrassé nos amis et notre famille. Le soir même nous avons décidé de célébrer notre réussite en inaugurant notre droit à l’alcool, dû à notre récente majorité. Hope choisi le bar et me donna rendez-vous à 18h au pub de la rue Saint-Michel.
Je sentais que cette soirée serait unique et je voulais donc me faire particulièrement belle pour l’occasion. Je me décidais à boucler mes cheveux et à m’habiller de façon féminine avec une jolie robe près du corps de couleur prune. Je maquillais mes yeux pour la première fois et m’aspergeais de parfum. Je portais aussi pour la première fois le pendentif qu’elle m’avait offert pour mes dix-huit ans. Un pendentif doré dont le bijou était un soleil. Je chaussais mes escarpins, attrapais mon sac à main à la volée et descendis les escaliers de l’immeuble à toute vitesse. Je voulais la séduire ce soir-là, me disant qu’elle n’avait pas choisi de retourner dans ce bar par hasard. Ca me semblait logique mais je ne faisais que me monter la tête.

  1. « C’est alors que j’ai compris »

A 18h, le cœur battant à tout rompre, je franchissais la porte du pub. Elle n'était pas là. Je m'assis à une table et attendis. Sur les coups de 18h30, elle passa enfin le pas de la porte, vêtue de bleu, les yeux pailletés et les lèvres brillantes de gloss. Derrière elle se tenait un jeune homme d'une vingtaine d'années environ. Brun, d'une allure athlétique et habillé comme un modèle de Gap, il marchait très près d'elle. Elle me sourit et s'installa face à moi. Elle me présenta Samuel, son nouveau voisin à qui elle avait promis de faire visiter les coins sympas de la capitale. Il me salua et nous passâmes commande.

Je ne pouvais m'empêcher de rougir de colère et d'affront. Cette soirée était pourtant si pleine de promesses, je n'avais pas prévu qu'un tiers, beau de surcroit, ruinerait mes plans. Il ne faisait que la dévisager et lui sourire, riant à ses blagues et blaguant à son tour, dans une tentative de drague mal déguisée. Elle secouait ses cheveux d'or et il ne pouvait plus détacher ses yeux d'elle. Il y avait de l'alchimie entre eux, c'était évident. Il me jetait de longs regards de temps à autre, en se pinçant les lèvres et en se tortillant les doigts. Il affichait un sourire hautain. Durant toute la soirée, dès que je parlais ou qu'il me regardait il ne pouvait s'empêcher d'arborer ce sourire malsain, narquois et de serrer ses doigts très fort dans tous les sens. Au début je pensais que peut être il me trouvait attirante. Après tout, je n'étais pas vraiment moche et j'étais particulièrement bien apprêtée mais quelque chose clochait. Il me dévisageait, puis regardait Hope puis détournait à nouveau son regard vers moi. C'est alors que j'ai compris et je suis devenue blême. Il savait. Elle avait du lui raconter son histoire avec ce pub, notre histoire. Après quelques minutes de réflexion et ne trouvant aucune preuve tangible pour prouver mon raisonnement, je décidais que j'étais stupide et je commençais donc à boire jusqu'à l'ivresse. Trois verres de vodka, deux verres de gin et deux de tequila plus tard, nous quittions tous les trois le pub.
19. «  Tout mon corps était paralysé »

Il était minuit passé lorsque nous émergions tant bien que mal du pub. Tous les trois éméchés et chancelants nous décidâmes de nous assoir sur un banc, face à la Seine, afin de commencer à décuver un peu. Une fois assis, Samuel s'installa entre Hope et moi et prit ses aises. Il passa un bras autour de mon épaule et un bras autour de celle d'Hope. Il nous caressait les cheveux puis il embrassa la joue d'Hope et fini sur sa bouche. Je ne pouvais plus bouger. Mon visage, mes jambes, tout mon corps était paralysé. Une larme coula discrètement le long de ma joue avant qu'il ne se retourne vers moi pour l'embrasser. Sous le choc et prise de dégout, mon corps de raidit et mes yeux s'humidifièrent de plus belle. Il laissa sa bouche se balader et, d'une main, tourna mon visage vers le sien et embrassa mes lèvres goulument. Ses yeux étaient fermés et son haleine insoutenable. Son autre main caressait la cuisse d'Hope alors qu'elle me fixait en souriant.
Je ne comprenais que trop bien ce qu'il se passait. Hope avait du le séduire en lui promettant une nuit agitée avec elle et moi. Je ne savais que faire. Je me sentais trahie, blessée, vendue. Hope était là, belle comme un ange, des lèvres rouges comme le feu. Ses pupilles étaient dilatées et ses mains naviguaient sur le corps de Samuel. Elle m'avait piégée et c'était insoutenable. Je me décidais à agir avant qu'il ne soit trop tard. En quelques secondes je me dégageais violemment de son étreinte, le giflais et courais à toute vitesse jusque chez moi. Je ne revis plus Hope jusqu'à la fin de cet été là.

20.«  Party Time Bitch ! »
J’ai alors vécu les deux mois les plus longs de ma courte existence. Au début j’étais tellement en colère de ne recevoir aucune nouvelle d’elle, aucune excuse, que je ne bougeais plus de ma chambre. Je restais seule toute la journée à regarder des séries télé ou à lire une tonne de romans. Et puis, au bout de deux semaines, mon père a jugé bon de me faire remarquer que c’était l’été et qu’il faudrait que je m’aère un peu, que je sorte et que je fasse tout un tas d’activités normales pour une ado. Et que, si cela ne me disait rien, je pourrais toujours l’aider dans l’appartement, histoire d’être un peu utile. Mais le cœur n’y était pas. Alors, entre deux visites de la page Facebook d’Hope, je l’aidais plus ou moins mollement à faire quelques corvées, puis je m’enfermais dans ma chambre à nouveau. Je me retrouvais bien trop souvent complètement prostrée à fixer mon téléphone et ma boite mail. L’attente me détruisait. Jusqu’à ce que, un samedi soir de Juillet, à 3h54 du matin, Hope poste cette photo sur sa page internet.
Elle devait visiblement tenir l’appareil photo d’un bras et avait immortalisé son magnifique sourire ainsi que celui de Samuel, alors qu’ils tenaient tout deux un cocktail. Une petite phrase en dessous de la photo expliquait : « Sam & moi en direct de Saint-Tropez. Party Time Bitch ! » J’en ai eu un haut le cœur. Alors finalement elle et Samuel entretenaient une relation et c’était assez sérieux pour qu’ils partent en vacances ensemble. Alors même que j’écris aujourd’hui ces quelques lignes je me sens à nouveau nauséeuse rien qu’en y repensant. Cette photo à été comme un déclic pour moi. Si Hope ne l’avait jamais publiée, ma vie n’aurait pas été la même.
Cette nuit-là, je me souviens bien l’avoir passée la tête dans la cuvette, vomissant tout ce que j’avais dans le corps. Le dégoût de la savoir avec ce Samuel, ce type répugnant, tous les deux en train de prendre du bon temps puis finissant la nuit nus, l’un sur l’autre. C’était insoutenable. J’avais mal, dans le sens physique du terme. J’ai passé le reste de la journée du lendemain à pleurer, trembler, hurler. Jusqu’à ce que la peine et la colère laissent place à un nouveau sentiment. Celui d’envoyer chier Hope et cette page de ma vie qui durait depuis trop longtemps. Il était temps que je me ressaisisse et que je commence à vivre. Et là, à ce moment précis, ce que je voulais c’était une bonne dose de sexe.
  1. «  Quelques cadavres de bouteilles autour de nous et une odeur de shit dans mes cheveux. »
Aux environs de 19h j’ai enfin émergé de ma chambre afin de remplir mon estomac et de rassurer ma famille sur mon état mental. Pendant le repas j’annonçais à mon père qu’il avait raison, que je devais sortir, m’amuser et que donc Hope et moi sortirions ce soir. A demi-inquiet il me demanda de prendre soin de moi et me donna sa bénédiction. De mon armoire je sortis la robe la plus sexy que je pouvais trouver et je la raccourcie de quelques centimètres. J’empruntais des escarpins à Julie et vers 22h je pris la direction d’une grande soirée homosexuelle dans une boîte de nuit du Marais. Plus sexy et sûre de moi que jamais je pénétrais dans le grand espace dansant de la boite et restait bouche-bée devant les délicieuses créatures à moitié dévêtues qui dansaient en face de moi. Toutes plus belles les unes que les autres, certaines me jetaient des regards lancinants. Je me dirigeais vers le bar et commandais mon premier Blue Lagon de la soirée.
Le reste de la nuit est un peu floue pour moi. Je me souviens avoir beaucoup bu, en avoir pris plein les yeux et avoir été draguée par quelques jeunes filles dans le même état que moi. Toujours est-il que le lendemain matin, je me réveillais dans un appartement inconnu avec une jeune fille nue allongée à mes côtés, quelques cadavres de bouteilles autour de nous et une odeur de shit dans mes cheveux. Elle était allongée sur le dos et aucun drap ne la recouvrait. Je m’attardais sur son corps. Elle n’était pas mince, mais elle n’était pas grosse non plus. Son corps était harmonieux. Elle avait une belle poitrine généreuse, un ventre un peu rond et des cuisses pleines. Je ne pouvais qu’imaginer son postérieur généreux et cela me faisait saliver. Ne me souvenant pas de ce que nous avions pu faire je décidais de me rattraper et de me créer un souvenir.
Au-dessus d’elle je commençais à la caresser doucement, et à l’embrasser afin qu’elle se réveille. Elle ouvrit doucement les yeux et je fus frappé par la fraicheur de son visage. Elle était jolie. Pas extrêmement belle, pas juste mignonne, jolie. J’appris plus tard qu’elle s’appelait Pauline. Elle était brune avec des yeux verts. Ses cheveux courts lui donnaient un air mutin qui lui allait à merveille. Ses lèvres étaient douces et avaient l’air avide. Elle me sourit et nous commençâmes à nous amuser. Et ce jusqu’à tard dans l’après-midi. Nous échangeâmes nos numéros et elle promit de me rappeler un de ces soirs afin de repasser une soirée comme celle-ci. Une fois chez moi, je m’écroulais sur mon lit et dormis jusqu’au surlendemain.
  1. « Je décidais de m’évader »

Cette soirée m’avait donné une nouvelle force, un nouvel espoir. Celui d’imaginer une vie sans Hope Alors, je décidais de m’évader. Quand je fermais les yeux j’imaginais une autre vie pour ma famille et moi. Une vie où je ne l’aurais pas rencontrée et où ma mère serait toujours parmi nous. A la mi-août, presque toutes mes séries n’étaient plus diffusées et les jours me semblaient donc durer une éternité. Je décidais alors de passer le temps en écrivant un peu, j’ai donc commencé à écrire l’histoire de cette vie que j’aurais aimé avoir. Pendant des jours je ne faisais plus que ça, ne me séparant de mon ordinateur que quelques minutes par jour. J’y racontais qu’après le lycée je finissais par rencontrer une jolie jeune fille à la fac, elle s’appelait Pauline. Elle devenait médecin et moi, à l’âge de 30 ans je quittais la fonction publique et finissais par publier un recueil de poèmes qui me conduisit à écrire des romans et a finalement avoir du succès. Nous aurions en tout cinq enfants, tous adoptés et tous d’origines différentes. Ma mère serait ravie de les garder de temps en temps et s’épanouirait en tant que grand-mère et en tant que femme puisque papa et elle seraient plus heureux que jamais.

  1. « Je tenais la Hope parfaite. »

Alors que je tapais le point final je n’étais pas heureuse. Il manquait quelque chose. Je décidais donc de sauvegarder mon travail et d’en commencer une version totalement différente. A trois jours de ma rentrée des classes j’entamais alors l’écriture d’une nouvelle au ton dramatique dans laquelle Hope était bel et bien dans ma vie mais elle finissait par mourir dans d’atroces souffrances après avoir été lentement écrasée par un bus à étage. La reprise des cours ne m’empêcha pas les semaines suivantes de ne pas pointer le bout de mon nez hors de l’appartement et donc de décevoir et d’inquiéter ma famille encore plus. Fin septembre je mettais un terme à cette nouvelle lugubre et réjouissante. Pleinement satisfaite d’avoir tué Hope de par mon écriture, je regrettais amèrement d’avoir fait d’elle une fille un peu méchante mais sans plus qui finalement n’avait pas mérité ce que je lui avais fait subir.
Alors je recommençais en la faisant agir comme une tueuse de chat qui cambriolait les restos du cœur et qui détruisait toutes les âmes qui osaient croiser sa route. Et de nouvelles en nouvelles, d’élaborations en plans machiavéliques, je tenais la Hope parfaite. La Hope la plus méprisable au monde, maniant habilement le sarcasme et les coups de fusils dans le dos. Quant à sa mort, tantôt elle mourrait seule d’une longue maladie qui fît d’elle un légume, tantôt elle se faisait enlevée, torturée, violée et mourrait brûlée vive. L’important étant bien sûr dans chacune de ces fins qu’elle soit humiliée, incapable de se sauver et qu’elle meurt dans la fleur de l’âge. Finalement, au début de la nouvelle année j’avais écrit pas moins de six nouvelles, donc cinq avec Hope comme personnage principal. La dernière étant bien sûr la plus cruelle et la plus ironique je me décidais à l’envoyer à un concours de nouvelles. Trois mois plus tard elle fût publiée dans un grand magazine littéraire et c’est ainsi que je me fis connaitre. C’est aussi à cause de cela qu’Hope m’a recontactée.

  1. « Elle était bien là »

En avril 2009, je ne faisais plus grand-chose de ma vie à part me réveiller, grignoter un peu et me rendormir. Le fait que ma nouvelle ait été publiée m’avait ravi pendant quelques semaines mais la joie était partie. Mon père se plaignait de mon inactivité, me menaçant de me faire chercher un emploi si je n’étais pas un peu plus active. Je prétextais être atteinte par le syndrome de la page blanche et combattre mon manque d’inspiration par des recherches très poussées au fin fond de mon subconscient. Il n’adhéra pas très longtemps à cette piteuse excuse et commença à me chercher du travail. Je passais donc à contre cœur quelques entretiens d’embauche et je faisais en sorte d’être subtilement aussi détestable que possible. Au final, je n’eu aucune réponse et mon père abandonna cette stupide idée. Je pouvais donc me remettre tranquillement à végéter. Malheureusement, cette période tranquille de ma vie s’arrêta net quand Hope frappa à ma porte.
C’était un beau matin de mai et je n’avais plus eu de nouvelles d’elle depuis des mois. Alors que j’étais en pyjama devant mon habituelle série télévisée, on sonna à la porte. Etant seule dans l’appartement je trainais ma carcasse jusqu’au judas. Elle était bien là. Sa tête avait l’air énorme mais toujours aussi belle. En un éclair je courais jusqu’à un miroir, me peignais maladroitement les cheveux et arrangeais un peu ma tenue. Le cœur en émoi je me saisissais de la poignée et tirait la porte vers moi. Elle eût l’air amusée par ma tenue mais ne fît aucun commentaire. Elle tenait une revue dans sa main et, sans un mot, entra dans l’appartement. Elle se dirigea tranquillement jusqu’à ma chambre et s’installa tranquillement sur mon lit en désordre.

  1. « J’avais envie de la prendre dans mes bras. »

Quand je fis mon entrée dans la chambre, elle jeta devant moi la revue qu’elle tenait à la main. Evidemment je l’avais tout de suite reconnue, c’était le magazine littéraire dans lequel j’avais été publiée. Je me mis à blêmir. Alors, elle l’avait lue. Cette nouvelle où je la faisais passer pour le pire être humain jamais créé et où je la faisais mourir dans d’atroces souffrances. J’imagine qu’elle ne l’avait pas beaucoup appréciée et, pour être franche, je ne m’attendais pas à ce qu’elle la lise un jour car elle ne figurerait jamais dans un magazine de mode.
Les jambes croisées, assise de toute sa grâce sur le rebord de mon lit, elle me dévisageait, l’air sérieux. Je me sentais de plus en plus mal à l’aise et je ne savais pas quoi lui dire. Je voulais d’abord lui hurler dessus. Après tout, elle m’avait mis dans une position délicate la dernière fois que nous nous étions vues et je ne l’avais pas encore digéré. Et puis finalement, j’ai eu envie de la prendre dans mes bras, d’embrasser son cou, son corps, son âme. Mais, alors que je la regardais plus attentivement, je remarquais certains détails qui m’avaient échappés. Bien que n’ayant jamais été très en chair, elle avait l’air maigre. Les os de son cou et de ses épaules étaient saillants. Ses bras, jusque là légèrements ronds et toniques étaient plus décharnés que jamais, tout comme ses jambes. Son visage, autrefois un peu poupon et rosé était désormais creusé et pâle. Un bref coup d’œil sur les petites traces sur ses bras m’indiquait quelle était la cause de ces changements.

  1. « Pour 20 000 euros elle me pardonnerait »

« Depuis quand ? » Hope leva soudainement ses yeux vers moi, ne comprenant pas vraiment où je voulais en venir. J’avais anéanti le silence pesant qui régnait dans la pièce, il fallait que j’en sache plus. Elle me demanda ce que j’attendais comme réponse alors je reformulais ma question. « Depuis quand est-ce que tu te drogues ? ». Ses yeux s’arrondirent et elle resta interdite. D’un geste maladroit elle essaya de recouvrir les traces sur son bras à l’aide de son gilet mais c’était peine perdue, il était trop tard. Elle ignora mon insistance et redevint maitresse d’elle-même. Dans un espoir de détourner la conversation elle m’expliqua qu’elle n’était pas venue pour que je la juge mais pour que je lui rende des comptes. En effet, cette nouvelle était vécue par elle comme une injure et elle avait l’intention de me trainer devant la justice pour avoir ainsi souillé son image. Mais, étant donné qu’elle était mon amie et vue la façon dont elle m’avait traité lors de cette soirée sur le banc, elle accepterait de renoncer à un procès si je la dédommageais financièrement. Pour 20 000 euros elle me pardonnerait.
J’étais abasourdie. En quelques mois Hope était devenue encore plus superficielle et désespérée qu’avant. Elle n’était plus ce faon, fier et majestueux. Elle était devenue une sorte d’ombre de ces girafes vaniteuses que je détestais tant. Même si c’était Hope devant moi, l’amour de ma vie Hope, il était hors de question que je me laisse faire, pas après tout ce que nous avions vécu. D’un ton supérieur, je lui demandais si c’était Samuel qui l’avait forcée à venir ici afin qu’ils s’achètent de la came. Elle baissa alors les yeux, ce qui me fit comprendre que j’étais dans le vrai. Lorsqu’elle commença à pleurer je fus prise de pitié et je m’approchais d’elle, lui attrapant les mains et lui disant qu’elle n’était pas obligée de faire ce qu’il voulait. Elle pouvait l’abandonner et revenir vers moi, je l’aiderais à se sevrer et nous pourrions être aussi proches qu’avant. Elle leva les yeux vers moi et me sourit timidement. Elle murmura alors à mon oreille : « Après tout ce que je t’ai fait, tu m’aimes encore ? » Les yeux larmoyants, elle m’embrassa calmement. Je ne comprenais pas très bien ce revirement de situation mais Hope était en train de m’embrasser, je ne devais pas laisser passer ce moment que je désirais depuis tellement de temps. Je lui rendis donc son baiser et nous nous embrassâmes passionnément, retirant nos vêtements et rattrapant le temps perdu. Une fois rassasiées l’une de l’autre je m’assoupis, Hope dans mes bras, enfin heureuse de l’avoir retrouvée et peut-être de l’avoir sauvée.

  1. « Catin »

Un crayon. C’est le bruit d’un de mes crayons, tombant sur le parquet de ma chambre qui me sortit de mon sommeil. Me redressant soudainement, je vis Hope, fouillant dans le tiroir de mon bureau. C’était donc pour cela qu’elle venait de m’amadouer. Voyant qu’elle ne réussirait pas à me soutirer de l’argent elle a attendu que je m’endorme afin de se servir elle-même. C’est vrai qu’elle connaissait parfaitement l’endroit où je rangeais mon argent car nous y avions eu recours plusieurs fois par le passé pour des achats divers et variés. Elle m’avait donc bien eue. Il en était fini de la Hope d’autrefois, elle était morte. A présent elle n’était plus qu’une catin droguée et sans vergogne. Elle me fixait toujours, sans rougir ni s’enfuir, une petite enveloppe dorée dans les mains. Cette enveloppe contenait environ 500 euros. Des restes d’argent de poche et de Noëls que je n’avais pas dépensés. Me jetant un dernier regard plein de haine elle fit demi-tour et se dirigea vers la porte. Je ne pouvais pas l’accepter. Elle s’était jouée de moi, elle s’était servie de mes sentiments afin de pouvoir continuer à vivre comme une débauchée avec ce salopard. Je ne pouvais le tolérer, ça me rendait malade, je bouillais à l’intérieur. Il fallait que je fasse quelque chose. « Tu n’es qu’une pute finalement. » Elle s’arrêta, se retourna et me lança un regard mauvais. S’approchant vivement de mon lit elle me gifla avec violence avant de me cracher au visage. Ne me laissant pas faire, j’essuyais son cracha de mon visage et poursuivais. « Qu’est-ce qui ne va pas ? J’ai raison tu sais. Baiser pour de l’argent on appelle ça de la prostitution et les prostituées on les appelle des putes. Tu préfères peut-être que j’utilise un autre mot ? J’en connais plein des synonymes tu sais. Péripatéticienne, morue, pouffiasse, traînée, putain, catin, roulure… Pourquoi tu pars ? Tu veux pas écouter les autres noms que tu peux ajouter à ton CV ? Voleuse ça marche aussi. Escroc, tout ça. Un avenir sympa t’attend ma belle. »
Rouge de rage, elle lâcha la petite enveloppe et me saisi à la gorge. « Tu ne sais rien de moi ! Ne parle pas comme si tu me connaissais ! » Elle ne cessait de répéter ces deux phrases alors qu’elle resserrait sa prise. La sentant serrer encore plus fort, j’attrapais ses cheveux d’une main et, toujours nue, je la plaquais au sol. Telle une furie elle se débattait en me griffant les seins, le ventre et les bras. Je lui ordonnais de se calmer mais, alors qu’elle continuait de se répéter et de se débattre, je perdis moi aussi tout contrôle de moi-même. Je lâchais alors ses cheveux et je me mis à frapper son visage. Son si beau, si parfait et tellement fatigué visage. Plus je cognais et plus je pleurais. Je pleurais si fort que je ne voyais plus ce que je faisais. Des gouttes de sang sortaient de mes poings et de son nez. Quelques instants plus tard, toute cette rage, cette haine, cette violence était sortie de mon corps. Alors, j’ai cessé de la frapper. J’étais toujours assise au dessus d’elle, la tenant fermement entre mes cuisses. Elle s’était tue elle aussi et ne faisait plus que me fixer. Nous restâmes silencieuses pendant un petit moment, reprenant notre souffle et réalisant ce qu’il venait de se passer. Je finis par me relever et je me suis dirigé doucement vers la salle de bain, sans me retourner sur son corps fragile et abîmé. Je fis couler l’eau chaude de la douche pendant plusieurs minutes sur mon corps. Mes poings à vifs brûlaient au contact de l’eau mais je ne les retirais pas pour autant. Je devais souffrir, je devais expier ce que je venais de faire. Mes larmes ne coulaient plus désormais, elles n’avaient plus lieux d’être. C’était fini. Une fois que je serais revenue dans ma chambre, Hope serait partie, l’argent aussi et je ne la reverrais plus jamais. Mais nous nous étions aimées il fût un temps et je ne devais pas l’oublier. Je ne devais pas oublier la Hope que j’ai rencontrée, celle que j’ai aimée, c’est cette image d’elle que je devais garder et pas celle de la fille paumée qui avait franchi le seuil de l’appartement il y avait quelques heures.

  1. « Mon cou portait les traces de la furie d’Hope. »

Le miroir ne pouvait me cacher toutes les griffures qui recouvraient le haut de mon corps. Heureusement, mon visage n’avait pas été touché, ce qui éviterait des questions gênantes de la part de mon père ou de mon frère. Cependant, mon cou portait les traces de la furie d’Hope. Alors que je fouillais le panier à linge sale pour trouver de quoi recouvrir mon corps avant de sortir de la salle de bain, Hope entra dans la pièce. Je pus alors constater à quel point j’avais ravagé son visage. Il commençait à gonfler de partout. Un œil était complètement fermé et l’autre était rempli de sang. Je m’en voulais beaucoup de lui avoir fait autant de mal. Elle me regardait pourtant comme si de rien n’était et me laissa m’habiller sans dire un mot. Une fois que je fus habillée, elle se dirigea vers la cuisine et je la suivis. Il était 14h, mon frère ne rentrerait pas avant encore trois bonnes heures, nous aurions donc tout le temps de nous expliquer. Elle ouvrit le placard, sortit deux verres et s’approcha du frigo. Elle se saisit d’une bouteille de jus d’orange et en versa le contenu dans les deux verres. Elle m’en tendit un. Elle s’assit, me regarda et vida son verre. Je m’assis à mon tour et ne la lâchais pas du regard. J’attendais des explications. Je voulais que pour une fois elle m’explique le fond de sa pensée.

  1. « Adieu Andréa »

Les yeux plongés au cœur des miens elle commença : « Tu n’es pas importante pour moi. Tu l’as été, vraiment, à une période donnée de ma vie où j’étais seule et un peu perdue mais je suis différente à présent et je ne ressens plus ce besoin de te voir, de partager des choses avec toi… Je voudrais que tu comprennes que je n’essaye pas d’être méchante avec toi en te disant ça, je veux juste te dire la vérité... Passe à autre chose à présent, d’accord ? Laisse-moi vivre ma vie comme je l’entends. Je suis heureuse après-tout. Je vis un quotidien qui me plaît et ça restera comme ça. Quoique tu puisses en penser. » Elle se leva, et chuchota à mon oreille : « Adieu Andréa. »
Sur ces mots, elle se dirigea vers ma chambre et en ressorti quelques secondes plus tard avec l’enveloppe. Après ces paroles, je ne pensais plus. J’étais brisée. Je crois que je n’avais jamais autant souffert de ma vie. Alors, dans mon désespoir, ma colère et mon dégoût, je l’ai suivie jusque sur mon palier. Elle se retourna, me fit un sourire plein de pitié et embrassa ma bouche. Mon cœur battait à tout rompre. Tout mon corps tremblait, je ne pensais plus calmement. Je n’étais plus que haine. Et, alors qu’elle descendait la première marche de l’escalier, je l’ai poussée. C’était à la fois irréfléchi et immature mais aussi très libérateur. J’ai regardé calmement, sans réagir, son merveilleux corps dévaler les différents étages de l’immeuble et finalement s’arrêter de rouler, sans vie, l’enveloppe dorée toujours logée délicatement dans sa jolie main. Ses ongles étaient vernis. Un vernis de couleur taupe.

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