mardi 1 mai 2012

Nouvelle - Héloïse

J'écris. Malheureusement, mes écrits ne plaisent pas forcément aux éditeurs auxquels je les ai envoyés. Alors peu importe, j'ai décidé de vous faire partager certaines de mes nouvelles. En voilà une, j'espère qu'elle vous plaira!


1.      « Tragique »

Elle s’appelait Héloïse. Elle a disparue de nos vies il y a vingt ans maintenant. Pourtant, elle avait un bel avenir devant elle. Elle avait tout, l’intelligence et la beauté. Mais malheureusement, elle avait aussi cette part de tragique cachée en elle. Un tragique qui l’a rattrapée à l’aube de ses dix-huit ans.

2.      « C’était une enfant paradoxale »

Héloïse n’était pas une jeune fille ordinaire. Tous ceux qui l’ont connue quand elle était enfant diront qu’elle était la petite fille la plus joyeuse mais aussi la plus torturée qu’ils aient connu. C’était une enfant paradoxale qui passait d’une joie intense à un désespoir infini en l’espace de deux heures et qui pouvait être capable d’accès de violence envers les autres ou envers elle-même. Son esprit analysait tout à l’extrême. Un regard, un geste, un mot. Ses proches faisaient alors très attention à tout ce qu’ils disaient, à la façon de le dire, à leur moindre haussement de sourcils afin de ne pas la perturber. Ses professeurs voulaient qu’elle suive une thérapie mais ils ont toujours refusé, prétextant ne pas pouvoir la gérer. Ils avaient réussi à comprendre comment canaliser ses humeurs quand elle avait entre 10 et 12 ans. A partir de ce moment-là, la vie chez Héloïse était plus calme mais ses proches restaient toujours sur le qui-vive.


3.      « Hurlait, griffait, mordait »

Alors que l’adolescence arrivait, Héloïse faisait face à ses premiers émois. Alors qu’elle avait 14 ans, elle s’était amourachée du boulanger. Tous les jours, elle lui achetait trois baguettes alors que tout le village savait que son pain était le plus horrible à des kilomètres à la ronde. Elle nous forçait donc à manger cette espèce de caillou immonde au petit-déjeuner, déjeuner et diner. Quand elle a appris qu’il était fiancé à la fille du libraire, elle leur a envoyé des lettres de menace anonyme et à vandalisé les deux commerces pendant des mois. Quand elle a été démasquée, elle a été condamnée par le tribunal pour enfants à consulter un psychiatre trois fois par semaine. Trois fois par semaine elle s’enfermait dans la salle de bain, hurlait, griffait, mordait tous ceux qui devaient l’emmener aux séances. Après quoi, un tirage au sort était effectué chez elle pour désigner le malheureux qui devait la conduire jusqu’au 3, rue du printemps. Chez le docteur Joachim.

4.      « C’était lui qui l’avait diagnostiquée »

Le docteur Joachim était un homme froid et distant avec ses parents mais aussi avec leurs proches. Il était très petit, pas plus d’1m50 si je me souviens correctement. Je ne l’ai vu qu’une fois, quand il avait dû venir pour désamorcer une crise plus violente que d’habitude. Il portait un costume gris et ses lunettes rondes prenaient tout son visage. Il avait aussi un petit accent, je l’imaginais slave. C’était lui qui l’avait diagnostiquée  comme bipolaire. Une fois qu’un nom avait été mis sur sa maladie, Héloïse a commencé à accepter tout doucement que ces moments de tension extrême faisaient partie d’elle et qu’elle avait un pouvoir sur eux. Elle pouvait les gérer grâce au traitement du docteur Joachim mais aussi à sa propre volonté et à son besoin d’avoir une vie normale.

5.      « Pierre »

Les années passèrent et son état s’était amélioré, même si elle était parfois déprimée de ne plus ressentir aussi souvent ces poussées d’adrénaline qui autrefois la poussaient à bout. Malgré quelques petits obstacles, sa scolarité se poursuivait normalement et, à l’âge de 16 ans, elle entrait en première. Depuis qu’elle n’était plus aussi perturbée qu’avant, ses résultats s’étaient nettement améliorés. A tel point que beaucoup de ses professeurs lui conseillaient de poursuivre ses études après le baccalauréat, malgré son envie de quitter le système scolaire pour devenir financièrement indépendante assez rapidement. Nous la poussions également à poursuivre ses études le plus longtemps possible. Et c’est durant cette année de première qu’elle a rencontré celui qui allait changer sa vie, Pierre. Pierre était son professeur de français. A l’époque évidemment nous l’appelions par son nom, comme pour tous ces professeurs mais il a cessé d’être comme tous ses professeurs aux alentours de Noël.
Pierre, ou monsieur Lavier, était assez jeune quand elle l’a rencontré. Pas plus de 27 ans je pense. Il était grand, brun avec des yeux bleus profonds et une stature filiforme. Toutes ses élèves étaient tombées sous son charme. Heloïse aussi. Au début, cela avait commencé assez innocemment. Elle avait réussi à connaître son prénom et l’écrivait partout sur son agenda, sa trousse et ses cours, toujours suivi d’un cœur. Vu ce qu’il s’était passé la dernière fois qu’elle avait eu le béguin, tout le monde espérait que cela lui passerait gentiment et calmement. Ils avaient tort.

6.      « C’était avant Pierre »

Comme je l’ai déjà dit, Héloïse était belle. J’en ai toujours été jalouse d’ailleurs. Une beauté torturée. Ses cheveux étaient d’un joli roux foncé, tirant sur le brun, qui faisaient ressortir ses magnifiques yeux. Elle n’était pas sportive mais pas gourmande non plus ce qui la rendait donc fine, mais pas trop. Elle ne portait pas d’intérêt à la mode ou aux cosmétiques et s’habillait avec ce qui lui tombait sous la main. Du moins ça, c’était avant Pierre.
Quand il a été dit que son obsession pour son professeur devenait malsaine, Héloïse décida d’agir dans un esprit de contradiction. Elle commença à faire de grandes phrases pour paraître plus mature, à s’attacher les cheveux afin de vieillir un peu son visage et à remplacer sa garde robe basique pour des articles plus originaux mais toujours sobres. Elle n’aimait pas trop se faire remarquer, sortit du lot. Afin de paraitre toujours plus adulte, elle a même appris à marcher avec des talons pour se grandir. Elle mettait beaucoup de cœur à l’ouvrage ce qui paraissait drôle au premier abord mais qui commençait à inquiéter. Au bout de quelques semaines, personne ne voyait plus ça d’un très bon œil. Les conflits entre elles et ses proches reprirent de plus belle.

7.      «Elle n’était qu’une enfant » 

Au début de Novembre, toutes ses investigations sur la vie de Pierre avaient porté leurs fruits. Elle savait maintenant où il habitait. Tous les soirs, à la sortie des cours, elle disparaissait de notre radar et prenait le bus jusqu’à son domicile. Elle s’asseyait alors sur un banc non loin de son immeuble et essayait de deviner quelles fenêtres donnaient sur son appartement. Un soir, il finit par la voir et la renvoya chez elle en taxi, lui rappelant qu’elle n’était qu’une enfant et que ses parents devaient être inquiets. Quand elle arriva chez elle, elle se fit couler un bain, rentra dans la baignoire et s’ouvrit les veines. De façon horizontale et non en suivant le tracé de la veine. Cela lui sauva la vie et elle fut internée une semaine dans un service spécialisé.

8.      « Silencieuse et solitaire »

Pendant cette semaine, Pierre était venu à la maison pour prendre de ses nouvelles et discuter avec sa famille. Ils lui expliquèrent sa maladie et son passé et le conseillèrent sur la façon dont il devait agir avec elle. Il devait veiller à ne pas l’inviter à plus d’excès mais ne devait pas non plus la rejeter totalement. Il se devait de devenir pour elle un adulte de confiance, un genre d’ami, de conseiller distant. Alors, des mois durant, il s’efforça de garder avec Héloïse ce qu’on pourrait considérer comme une relation ambigüe avec son élève la plus passionnée, afin qu’elle ne se sente pas seule au monde.
En effet, Héloïse n’avait pas d’amis. La maladie avait fini par tous les éloigner un par un. Elle n’avait plus que quelques prétendants qui ignoraient tout d’elle et ne voyait que la minette qui s’habillait comme une adulte et qu’une vilaine rumeur  voulait facile. D’anciens camarades se souviennent d’elle comme de la fille dont tout le monde avait peur. Elle était toujours silencieuse et solitaire. Quand elle était revenue avec des bandages autour des poignets, beaucoup parlaient sur son compte et lui rendaient la vie impossible. Cela devenait de plus en plus difficile à gérer pour elle, comme pour nous.

9.      « Il aurait dû »

Quand sa semaine à l’hôpital s’acheva, il fût décidé quelques resterait quelques jours de plus à la maison afin de retrouver ses repères tout doucement. Il fallait éviter de la brusquer. Elle était traitée par sa famille comme une petite assiette faite de la porcelaine la plus fragile, qu’il fallait manier avec précaution. Evidemment, elle en jouait et profitait au maximum de tous ces avantages. J’étais écœurée. Ils se décarcassaient tous pour lui trouver des activités distrayantes et intéressantes à faire pendant ses longues après-midi d’oisiveté. Nous devions aussi éviter d’utiliser des expressions telles que : « c’est à se tirer une balle », « il y a de quoi se foutre en l’air » mais également les mots « couteau », « sang », « veine » et j’en passe. Ce n’était plus très agréable de cohabiter avec elle.
Mais Dieu merci, elle retourna en cours et essaya de poursuivre sa scolarité normalement. Pierre se montrait plus distant que prévu avec elle et ses accès de larmes et de rage redevinrent fréquents. Il n’arrivait pas à gérer tout cela. Devoir faire attention à ses gestes, ses paroles, le ton de sa voix. C’était trop pour lui. Il nous confia plus tard qu’il avait pensé à démissionner plus d’une fois. Il aurait dû. Nos vies auraient été si différentes s’il l’avait fait.

10.  « Elle resta de marbre »

A la fin de l’année, Pierre annonça à sa classe qu’il ne serait plus en charge des cours de littérature l’an prochain. Toutes ses élèves étaient déçues car, en plus d’être un régal pour les yeux, il était également un très bon professeur. Bizarrement, Héloïse ne réagit pas comme nous nous y attendions. Elle resta de marbre et avait même l’air serein. Au lieu de nous rassurer nous trouvions cela suspect et inquiétant. A tel point que ses proches gardaient constamment un œil sur elle. Quelques jours après les résultats du baccalauréat de français, la voiture de Pierre se retrouve ornée de magnifiques rayures, faites à l’aide d’une clé, sur toute la carrosserie. Il suspectait Héloïse et nous le confia mais, sans preuves, nous ne voulions l’accuser, de peur de perdre le peu de calme qui l’entourait.

11.  « Les derniers moments heureux »

Cet été là, nos vacances on été merveilleuses. Nous sommes partis au bord de la mer pendant trois semaines et avons passé nos vacances à nager, bronzer, manger et rire. Héloïse était joyeuse, nous aussi. La pression retombait. Ces vacances là furent vraiment les derniers moments heureux que nous ayons partagé tous ensemble. Car la situation s’est gâtée et est devenue incontrôlable.
Une rumeur a commencé à courir dans le lycée à la rentrée comme quoi Pierre allait devenir papa et qu’il avait demandé sa petite amie en mariage. Héloïse essayait de ne pas y croire, nous le sentions bien mais au fond elle s’interrogeait. Pierre pouvait-il lui avoir fait ça ? Après tout ce qu’elle avait fait pour lui ? Car bien sûr, elle voyait sa tentative de suicide comme une déclaration d’amour éternel pour Pierre. Elle lui prouvait qu’elle était prête à mourir pour lui. Elle avait donc décidé de ne pas croire à cette trahison et se concentra sur sa dernière année de lycée.

12.  « Elle était si mignonne »

Pierre s’était senti obligé de prévenir mes parents de ses projets futurs afin qu’ils soient préparés au cas où Héloïse se rendrait compte de la réalité. Nous redoutions tous ce moment mais ne pouvions l’empêcher. Il arrivait, que nous le voulions ou non. Nous ne pouvions être préparés, malgré l’avertissement. Personne ne s’attendait à ce qui allait arriver.
Aux environs de Novembre, la fiancée de Pierre et son ventre bien rond étaient venus lui rendre visite au lycée. Elle était si mignonne et attendrissante que tout le lycée s’est mis à en parler. Héloïse a donc décidé de vérifier la rumeur. Elle a fait le pied de grue pendant une heure devant le lycée pour en avoir le cœur net. Ils sont sortis, elle les a vus, heureux et rayonnants. Il l’a vue et a détourné le regard.

13.  « Comme si elle allait déménager »

Le lendemain, alors qu’elle devait être au lycée, ma mère entra dans sa chambre pour faire un brin de ménage. Elle a alors hurlé. Nous nous sommes précipités pour voir ce qui n’allait pas. Toutes les affaires auxquelles Héloïse tenaient avaient disparues. Ses chaussures, vêtements et photos n’étaient plus là. Le reste était gentiment disposé dans des boites, comme si elle allait déménager.
La police est venue et, du fait de son passé, ils ont jugé sa fugue dangereuse et ont disposé du peu de moyens qu’ils avaient pour la retrouver. Je me souviens de cette période comme d’une époque terrible pour nous tous. Les premiers temps, nous nous attendions à ce qu’elle rentre d’elle-même ou à ce que la police la retrouve. Mais les mois passèrent et maintenant nous redoutions que le téléphone ne sonne et que l’on nous apprenne que son corps avait été retrouvé. Nous ne dormions presque plus. Nous avions peur. En mai, nos craintes se sont justifiées.

14.  « C’était Pierre »

Il devait être midi quand le téléphone sonna. Ma mère, comme à chaque fois que la sonnerie retentissait, s’est dirigée en tremblotant vers le combiné. Quand je l’ai vue s’asseoir et devenir pâle, j’avais compris qu’Héloïse était le sujet de l’appel. Nous nous sommes rapprochés d’elle et avons attendu qu’elle ne raccroche. C’était Pierre au téléphone. Sa femme était au parc avec leur bébé quand une jeune fille rousse, presque brune, s’est approchée de la poussette et à commencé à faire la conversation avec madame. Elles se sont bien entendues et se sont revues presque tous les jours au parc, à la même heure, pendant une semaine. Jusqu’à aujourd’hui où, alors que sa femme avait la tête tournée, la jeune fille a attrapé le bébé et s’est enfuie.

15.  « S’ils regrettaient »

La police a été prévenue et l’alerte enlèvement a été déclenchée. Nous espérions qu’Héloïse se sentirait piégée et qu’elle n’aurait d’autre choix que de se rendre, sans faire de mal à l’enfant. Les journaux télévisés, la radio, la presse écrite en faisaient leurs gros titres. Notre famille était devenue la cible des quolibets les plus odieux. Les habitants du village nous regardaient avec un air méprisant. Mes parents ont même reçu des lettres leur demandant s’ils regrettaient de l’avoir adoptée et amenée vivre ici, où elle avait apporté le malheur. Ma mère fit une dépression et nous évitions donc de lui dire que l’enquête n’avançait pas et que nous étions toujours sans nouvelles. Jusqu’au jour où j’ai reçu une lettre.

16.  « Héloïse était malade »

Je n’en ai parlé à personne pendant des années. Cette erreur, je la regretterai pour le reste de ma vie. A cause de cette lettre, je ne peux plus me regarder dans une glace, je ne peux plus voir d’enfants rire sans fondre en larmes. Je ne peux plus parler à mes parents sans ressentir de la culpabilité et avoir envie de vomir. Cette lettre a gâché ma vie. Mais je n’en veux pas à Héloïse. Héloïse était malade. Rien de tout ça n’était vraiment sa faute et j’espère qu’un jour, Dieu lui pardonnera ses actes et la libèrera de l’horreur dans laquelle elle se trouve actuellement. Je prie tous les jours. Pour elle, pour la petite Emma, pour ses parents Pierre et Johanna, pour mes parents. Mais jamais pour moi. J’aurais pu tout éviter rien qu’en prévenant qui de droit. Le rapport est formel : elle a été tuée une heure avant que je n’arrive. Si j’avais tout de suite prévenu la police ou les pompiers, avant même de prendre ma voiture et de partir, nos vies seraient différentes. Oui, ce 16 juin, cette lettre a gâché ma vie.

17.  « J’hésitais beaucoup à entrer »

C’était une simple feuille de papier blanc vide, à l’intérieur de laquelle était logée une carte postale. La carte représentait la plage de nos dernières vacances. J’ai tout de suite compris de qui venait la carte. Héloïse tentait de renouer le contact. Je ne pouvais l’ignorer mais je ne pouvais en parler aux autorités de peur qu’elle ne s’échappe à nouveau et ne nous contacte plus jamais. Alors, j’ai pris ma voiture en prévenant ma famille que je partais faire un tour. Trois heures plus tard, je me trouvais devant le cottage que nous avions loué l’été précédent. Il semblait vide, inhabité. J’en fis le tour et fini par remarquer une fenêtre cassée. J’hésitais beaucoup à entrer. J’avais peur de ce que j’allais trouver, surtout que je n’entendais pas de cris de bébés. Ce qui pouvait vouloir dire que la petite Emma n’était pas là, ou qu’elle était en train de dormir ou bien qu’Héloïse ne se trouvait pas là, mais je voulais en avoir le cœur net alors je suis passée par la fenêtre et j’ai visité toutes les pièces. J’ai fini par arriver dans la salle de bain.

18.  « L’horreur »

Héloïse était assise sur un rocking-chair près de la baignoire. Elle avait un couteau à la main et souriait, l’air serein. Je ne l’avais jamais vue comme ça. Elle avait un regard perdu dans le vague, ses vêtements étaient mouillés et ses mains blessées. Elle ne prononça pas un mot en me voyant, c’est comme si elle était déconnectée. Elle jeta un œil à la baignoire. C’est là que j’ai vu l’horreur. Le corps d’Emma flottait à la surface, comme une petite poupée qu’on aurait oubliée. Je me suis ruée vers le corps sans vie, l’ai sorti de l’eau mais il était trop tard. J’avais beau crier sur Héloïse, lui demander pourquoi elle avait tué cette pauvre petite qui ne demandait rien, elle ne me répondait pas et regardait toujours dans le vide. J’ai voulu m’approcher d’elle pour la secouer mais elle m’a arrêté, me menaçant de s’enfoncer le couteau dans le corps.

19.  « C’est pas la vie que je veux »

« Voilà, maintenant il ne sera plus jamais heureux. Et elle non plus. Il paye enfin pour s’être foutu de moi. Pourquoi tu me regardes comme ça ? Tu te dis que je suis folle hein ? De toute façon, je suis folle souviens-toi. Alors, à quoi bon lutter contre ma vraie nature ? Je sais que tu vas appeler la police là, ils m’emmèneront en prison et finiront par m’interner pour le restant de mes jours. Et on sera tous malheureux ! » Elle s’agitait de plus en plus sur le rocking-chair et cherchait ses mots. Elle me fixait avec un regard sans aucune expression. Elle me semblait si désespérée que j’aurais donné n’importe quoi pour la prendre dans mes bras et la rassurer. Après tout, elle était ma sœur, jamais je n’aurais pu la détester à ce point. « Tu te demandes si tu vas appeler la police, hein ? Morgane ? Vas-y, appelle-les. Ca la ramènera pas, tu sais ? Ce qui est fait, est fait. J’suis peut-être demeurée mais j’suis pas complètement conne. Et j’veux pas finir chez les fous. Hors de question. C’est pas la vie que je veux. Alors appelle-les flics. Et dis-leur bien que tu as trouvé deux cadavres. » Sur ces mots, avant que je ne puisse faire quoi que ce soit, elle planta le couteau dans sa nuque.

20.  « Ni pour elle, ni pour nous »

Mes parents viennent toujours lui rendre visite. Moi, je ne peux pas. Je n’ai jamais pu. Après l’avoir tenu dans mes bras pendant qu’elle se vidait de son sang, je ne peux plus regarder. Elle ne se réveillera jamais, nous en sommes tous conscients. Moi, je l’espère en tout cas. Ce ne serait pas une vie, ni pour elle, ni pour nous. Mais je ne peux pas leur en parler car ils espèrent toujours un miracle. Ils espèrent qu’elle va se réveiller et se remettre.
Je ne peux pas lui rendre visite. Je veux garder d’elle l’image d’une jeune fille souriante et pleine de vie. Cette jeune fille qui m’envoyait du sable pendant que nous bronzions ou qui me coulait pendant que nous nagions. Durant le dernier été où nous fument heureux. Il y a maintenant 20 ans.


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